Coupe de France et gigot d'agneau...
Le week-end dernier me proposait un menu savoureux : un bon vieux match de Coupe de France des familles. Entre traquenard pour CFA2, terrain petit et pourri, public de fous, il y en a eu pour tous les goûts. En tous cas, c'était du mien... Bon appétit !
La Coupe de France et ses premiers tours, c'est un peu comme un repas de famille : tout le monde se connait, tout va bien, jusqu'au moment où on commence à causer politique/fonctionnaires/affaire Dreyfus/Péessegé-Ohèmeuh... A partir de ce moment-là, ça peut partir en couille. Au menu pour notre trio dimanche dernier, une alléchante affiche opposant une PH (niveau 7) à une CFA2 (niveau 5), dans la salle à manger du Petit Poucet. Je m'attendais à un menu du genre qui pèse sur l'estomac... et je suis reparti un peu barbouillé, pour ne pas dire écoeuré.
1 - Apéritif et grignottes
Les buveurs d'eau ont beau brasser de l'air, un bon apéro, ça crée une ambiance. Connaissant un peu le lotissement de mes hôtes dominicaux, je prends la précaution de me pointer bien en avance, afin d'éviter de me garer à perpète. Bien m'en a pris : une heure et demie avant le repas, on est déjà obligé de se garer sur un petit terrain annexe, pas surveillé, évidemment. Niveau sécurité, on repassera. Je prends sur moi et donne une caresse affectueuse à ma voiture, me sentant coupable de l'abandonner ainsi à la merci du premier sauvageon venu.
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais on se débrouille toujours pour arriver en même temps qu'un autre invité lors d'un repas de famille. C'est ma technique pour quand j'ai oublié les fleurs : on donne ça groupés, ni vu, ni connu, je t'embrouille. Bon, là, ça a marché moyen : le collègue avait oublié le bouquet lui aussi. Tant pis, on sonne quand même au guichet. A posteriori, je me dis qu'il aurait mieux valu prendre une porte. Las, les arbitres étant des hommes comme les autres, on a vu de la lumière et on est entré...
Accueil chaleureux, je dois dire... Pas d'embrassades, mais des bonjours et des poignées de mains sincères et franches. Souhaitant nous rafraîchir avant l'apéro, direction les vestiaires où le boss du trio nous attend déjà depuis un petit moment. Je dois dire qu'on ne fait pas pire pique-assiette qu'un arbitre central. J'ai beau me pointer super en avance, ils sont toujours là avant moi. D'ailleurs, c'est un peu con comme principe : c'est un coup à se retrouver à essuyer la vaisselle ou à brosser le canapé couvert de poils de chat, le tout sans boire une goutte, bien entendu...
Le délégué, c'est une espèce plus maline ; faites le test : débouchez une bouteille un peu bruyamment. Le plop n'a pas encore fini de résonner qu'on sonne à la porte. Dans 99% des cas, c'est le délégué qui se pointe. Pas manqué, on pose à peine le coude à la buvette que le voici, tout sourire. L'arbitrage a ça de marrant qu'en guise d'apéritif, on prend le café. Pas plus mal quand on songe au rendement sur le terrain, mais ça rend bien moins supportables les banalités sur le temps qu'il fait, la pelouse trop grasse et trop sèche en même temps, la défaite du LOSC la veille, la nullité du collègue de la semaine dernière contrairement à celui du week-end précédent, remarquez, je dis pas ça parce qu'on avais gagné, hein, etc. Ceci dit, pour une fois, le noir est plus que buvable, alors ne boudons pas notre plaisir. C'est le moment crucial où une petite visite guidée du pavillon-stade s'impose, ainsi qu'une revue d'effectif.
2 - On a mis un nouveau papier-peint dans les chiottes. Je vous montre ?
Prenons la chose comme une sorte de pendaison de crémaillière où un cousin éloigné vous invite ainsi que toute la famille, à admirer le taudis de banlieue qu'il vient de se payer, parce que la ville, hein, bon, on s'est compris. Eh puis les loyers, c'était devenu hors de prix. Bizarrement rassemblés dans le salon-buvette alors qu'il fait un temps magnifique dehors - mais, vous comprenez, c'était les fournitures du petit ou le salon de jardin cette année - des clans se dessinent vite. Aux côtés des hôtes-joueurs/entraîneurs/dirigeants, les plus nombreux sont la famille proche-supporters, qui ont donné un coup de main pour les travaux, le déménagement. Un peu lourdingue et limite fachos passés trois Ricard, mais indispensables à l'ambiance. Un peu à l'écart, les parvenus-équipe de CFA2, un poil snob et snobés, ils sont venus faire admirer leur balai dans le cul et faire la moue en voyant le pavillon, Madame menaçant même de se suicider en voyant la boîte aux lettres à l'entrée, artistiquement découpée dans une biche à lait. Le mari-coach, c'est surtout la moquette pelée de la salle à manger qui lui fait peur, mais on va y revenir.
Et puis il y a nous... Les cousins pédés-arbitres. La honte de la famille. Pire, on se pointe à trois. Les moeurs évoluant, un couple d'homos, ça peut passer. Mais trois enculés, ça fait un peu beaucoup trop dans le tableau de famille. Regards lourds, pas encore trop avinés, heureusement. Mais je commence à mouiller à l'idée de supporter le quart d'heure blagues de Tonton Jean-Marie. Les toilettes, s'il te plaît ? Bah, t'as qu'à visiter ! Et merde... Tant pis, j'y vais. Alors, quittons le salon-buvette plein de monde, direction la salle à manger-terrain... Mon dieu que c'est laid... Beaucoup plus petit qu'annoncé par téléphone, déjà. Alors il a fallu se démerder pour placer tout le monde. On a mis les potes et la famille tout autour, juste à côté - pour qu'on s'entende à table. Du coup, la place est vachement restreinte au milieu. Rarement vue une salle à manger-terrain aussi petite. On va pas rigoler, tous serrés, comme ça. Coup d'oeil sur le plan de table. Evidemment, on n'aurait pas pu nous mettre tranquilles dans un coin, faudra qu'on supporte tous les regards, comme les snobs-CFA2 d'ailleurs. Je hais les vengeances. Putain, paie ta moquette-pelouse pourrie ! "C'était la moquette ou la voiture, me glisse le propriétaire des lieux, venu chercher un tire-bouchon - ou placer les poteaux de corner, je sais plus. Mais quand tu reviendras, ça sera nickel". Ah, parce qu'en plus il comptent me revoir. Ils doutent de rien, ces cons-là... Regard circulaire, à la recherche d'une issue et de la salle de bain. La porte est là, juste sous le canevas de Mamie-tribune minuscule, défraîchi à souhait. Déjà plein de monde dans le couloir ; ça va être gai entre deux plats. < à suivre... > |